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Dur, dur ~ Banana Yoshimoto


Première rencontre avec Banana Yoshimoto, véritable star de la littérature au Japon, grâce à ces deux nouvelles qui composent ce petit livre. Ces deux courts textes traitent tous les deux de thèmes communs : la mort, la perte d'un proche, la solitude mais également l'amour et l'espoir.

La première nouvelle, "Peau dure", raconte la marche en montagne au crépuscule d'une jeune femme dont l'ex compagne est récemment décédée. Sa nuit à l'hôtel n'est qu'une succession de rêves, de cauchemars, d'apparitions et de souvenirs. Une jolie nouvelle qui oscille entre surnaturel et réalité, regrets et espoirs, toute en finesse.

Dans la seconde nouvelle, "Coup dur", nous suivons une jeune japonaise dont la sœur, victime d'un AVC,  vit ses derniers instants. Paradoxalement, c'est grâce à cette tragédie familiale qu'elle va enfin rencontrer l'amour. Cette nouvelle relate le tiraillement de cette jeune femme entre perte tragique et amour naissant.

J'ai découvert Banana Yoshimoto grâce à Marion qui tient le blog The Buried Talent. Je la remercie chaleureusement car j'ai été vraiment touchée par ces deux textes. Grâce à son écriture toute en délicatesse et en poésie, Banana Yoshimoto réussit à faire ressortir de moments tragiques la beauté de la vie.

Dur, dur de Banana Yoshimoto
Aux éditions Payot, Rivages
128 pages

A suivre :










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La Nièce d'Hitler ~ Ron Hansen


Attention, coup de !

Je n'avais jamais entendu parler de la relation étrange et ambiguë qu'entretenait Adolf Hitler avec sa jeune nièce Geli Raubal. C'est un billet du blog La ruelle Bleue qui a éveillé ma curiosité et donné envie de lire ce livre.

C'est en juin 1908 que Hitler rencontre pour la première fois sa nièce à l'occasion de son baptême. Hitler est alors un artiste raté, en conflit avec sa famille et qui voit dans les minorités ethniques la cause de tous les maux de la société. Le deuxième rencontre se fera en prison en 1923. Entre temps, Hitler est devenu un brillant orateur parvenu à la tête du parti national socialiste voulant offrir à l'Allemagne sa revanche suite à l’humiliant Traité de Versailles.

Petit à petit, il prendra sa nièce sous son aile et lui offrira une éducation et un confort de vie dignes des plus grandes familles allemandes. La jeune femme est fascinée par cet oncle parti de rien devenu porteur de tous les espoirs du peuple allemand.

En 1927, Hitler accueille Geli sous son toit. Amoureux et très possessif, il veut désormais garder l’œil sur sa nièce à chaque instant. La jeune femme vit désormais recluse et doit faire face aux assauts de plus en plus violents de son oncle. Ses tentatives pour s'enfuir seront vaines et se solderont par sa mort dont les causes sont restées inexpliquées.

Ce livre est basé sur des faits réels que Ron Hansen a choisi de romancer. Nous sommes introduits dans le quotidien d'Hitler, de sa famille et de sa garde rapprochée dont les très détestables Himmler, Goebbels et Goering. Hitler y apparaît parfois comme un homme normal aux plaisirs simples, visiblement cultivé et doté de talents artistiques. 

Pour autant, Ron Hansen a réussi à ne pas donner une image trop humaine de cet homme, bien au contraire d'ailleurs. Au fur et à mesure, la personnalité complexe du futur dictateur se fait jour et on sent poindre les monstruosités dont il sera l'instigateur quelques années plus tard. Car sous cette maîtrise apparente, Hitler est un homme profondément instable, voulant tout contrôler, paranoïaque et mal à l'aise avec les femmes, sauf avec sa nièce.

Ce récit bien documenté se révèle très instructif, il m'a fait découvrir une facette du IIIème Reich qui m'était jusqu'alors parfaitement inconnue. 

La Nièce d'Hitler est un livre excellent, un de ceux qu'on ne veut plus lâcher une fois qu'on l'a commencé. Je vous invite à le lire.

«Elle resta donc les yeux baissés le temps qu’il débarrasse ses jambes maigres de son pantalon et le plie sur un cintre. Elle avait oublié qu’il portait des caleçons longs en hiver. Elle aperçut des morceaux de chair molle qui ballottaient … »

La nièce d'Hitler de Ron Hansen
Aux éditions Phébus, collection Libretto
388 pages

A suivre : 










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Super triste histoire d’amour ~ Gary Shteyngart


Super triste histoire d’amour est un roman d’anticipation.

Lenny Abramov est un quarantenaire vivant dans un New-York futuriste. Dans le monde de Lenny, les livres papiers sont en voie de disparition en raison de leur mauvaise odeur. Les gens y sont classés selon deux critères qui suffisent à définir leur valeur : leur degré de personnalité et leur degré de baisabilité. Tous les individus portent à leur cou un « aparat », un smartphone amélioré à côté duquel un iphone 4S pourrait passer pour un nokia 3310…

Dans ce monde, les Etats-Unis sont un pays dont plus personne ne se souci. La Chine est devenue toute puissante, le dollar est désormais indexé sur le Yuan.

Si jusque-là la vie de Lenny lui paraissait sans saveur, sa rencontre avec la très jeune Eunice Park dont il tombe follement amoureux lors d’un séjour à Rome semble annonciatrice d’un avenir plus heureux mais rien n’est moins sûr.


Je n’ai pas l’habitude de lire de tels romans, je me suis donc retrouvée un peu perdue lorsque j’en ai entamé la lecture. C’est en grande partie la construction du récit qui m’a mise en difficulté : une alternance entre le journal intime de Lenny Abramov et des correspondances numériques d’Eunice Park dans des vocabulaires très différents à chaque fois. Mais j’ai fini par m’y faire.

Une chose est sûre, ce roman porte bien son titre. Il y est question d’une histoire d’amour qui, comme vous pouvez aisément le deviner, finit mal. Ce que je retiendrai de ce livre, ça n’est pas le récit de cette histoire d’amour vouée à l’échec, mais plutôt la description d’un monde qui peut nous sembler lointain mais qui est pourtant bien plus proche du notre que l’on pourrait le croire. Si  nous ne savons jamais vraiment à quelle année l’histoire se déroule, on se doute aisément que ce futur n’est pas si lointain que ça, qu’il nous guette peut-être.

Ce livre souffre pourtant d’un certain nombre de longueurs qui peuvent en rendre la lecture un peu fastidieuse. Les personnages sont par ailleurs peu attachants, notamment celui d’Eunice, d’une puérilité assez fatigante à la longue.

Je le conseille donc aux plus curieux d’entre vous, les autres, passez votre chemin.

Super triste histoire d'amour de Gary Shteyngart
Aux éditions de l'Olivier
409 pages

A suivre :  










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Fuck America

Dans la série des "peut-on rire de tout ?", je vous présente Fuck America d'Edgar Hilsenrath. Paasilina qui se moque effrontément des suicidaires fait bien pale figure face à un Hilsenrath qui s'attaque à la Shoah, sujet éminemment sensible et pour lequel l'humour est plutôt malvenu.

Mais Hilsenrath, né en Allemagne en 1926 dans une famille de commerçants juifs sait de quoi il parle. La guerre il l'a vécu et il en a réchappé. 


Fuck America est inspiré de la vie de son auteur bien que celle-ci soit largement romancée. Le livre met en scène Jakob Bronsky, un juif allemand ayant survécu au pire et exilé à New York au début des années 50. Complètement déboussolé, Jakob entreprend décrire un livre : le branleur. Le livre de sa vie qui lui permettra peut-être de retrouver la mémoire, les souvenirs enfouis de cette guerre qui lui a tout pris.

Entre deux séances d'écritures dans une cantine miteuse pour immigrés juifs allemands, Bronsky galère. Pas de boulot, pas d'amis, pas de femmes sauf quand il a suffisamment d'argent en poche pour s'en payer une. On est bien loin du rêve américain (qui en prend pour son grade tout au long du bouquin)...

Ce que j'ai le plus apprécié dans ce livre complètement hors norme, c'est certainement le style de Hilsenrath : dynamique comme j'aime mais surtout doté d'une maîtrise des dialogues hors du commun.  Le ton fait aussi beaucoup. Il est cru, presque barbare. Pas étonnant que le livre ait été qualifié de diabolique par les maisons d'éditions lorsque l'auteur leur a présenté en 1980. Quant à l'humour, c'est lui qui guide la plus grande partie de ce livre.

Si la fin, en totale rupture avec la majeure partie du texte, peut surprendre, on comprend après coup qu'elle est nécessaire. Au final, Hilsenrath a choisi de placer le lecteur au premier rang de ce récit qui fut probablement salvateur pour lui.  

« Cʼest vous, le héros du livre ? » 
« Ça se pourrait. Mais jʼécris à la troisième personne, bien que le livre soit autobiographique. » 
« Je comprends », dit Grünspan. « A la troisième personne. Donc, le héros est un homme. » 
« Évidemment. Le héros est un homme. »
« Quel genre dʼhomme ? » 
« Un homme solitaire. » 
« Un branleur ? » 
« Quʼest-ce que vous voulez dire ? » 
« Un homme solitaire, cʼest toujours un branleur », dit Grünspan.
« Mais mon livre nʼa rien à voir avec la branlette. Cʼest un livre grave. » 
« Ça ne change rien », dit Grünspan. « Si cʼest un homme solitaire, cʼest un branleur. Moi, à votre place, je ne changerais pas ce titre. Un titre génial : Le Branleur ! »

Fuck America : Les aveux de Bronsky d'Edgar Hilsenrath
Chez Attila (en poche chez Points)
291 pages


A suivre : 


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Petits suicides entre amis ~ Arto Paasilinna

Après ma semi déception lecture de cet été, j'ai quand même voulu poursuivre sur ma lancée des romans humoristiques et donner sa chance à l'un des maîtres en la matière (dit-on), Arto Paasilinna

L'histoire ?

Un matin, le président Rellonen, chef d'entreprise qui accumule les faillites et le colonel Kemppainen, veuf éploré, décident de mettre fin à leur jour. Par un "heureux" hasard, c'est dans la même grange qu'ils vont décider de passer à l'acte. Mais plutôt que de commettre l'irréparable, une étrange idée va germer en eux : réunir tous les suicidaires finlandais et organiser un grand suicide collectif.

L'annonce publiée dans le journal va recevoir un certain succès... C'est que les conditions de vie en Finlande ne sont plus ce qu'elles étaient et les candidats au suicide sont nombreux. 

C'est alors que commence un road trip funèbre et désopilant à travers la Finlande, la Suède puis toute l'Europe jusqu'au Portugal où doit avoir lieu leur saut de l'ange final. 

Mon avis ? 

Je me demande souvent si l'on peut rire de tout. Pour Arto Paasilinna la réponse à cette question est très certainement positive puisqu'il se donne un malin plaisir à sourire du suicide ou plutôt des suicidaires tout au long de ce bouquin. 

Mais attention, nous ne sommes pas dans l'humour bête et méchant, la plume humoristique de Paasilinna est fine. Il n'y a jamais de jugement ni de voyeurisme, juste un gentil sarcasme dans cette mise en scène loufoque du quotidien de la petite troupe de dépressif.

Quoi de mieux donc que la dérision pour aborder avec légèreté mais compréhension un sujet aussi délicat que le suicide et remettre en question notre société ?

Si j'ai pu regretter quelques longueurs et la fin un petit peu trop prévisible du livre, j'ai tout de même passé un bon moment et suis bien décidée à en lire plus de cet auteur. Pourquoi pas avec son dernier livre Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison, dont le titre m'intrigue...


Petits suicides entre amis d'Arto Paasilinna
Chez Gallimard - Folio
291 pages

" Mieux valait ne pas agir à la légère en matière d'autodestruction, une affaire aussi vitale exigeait que l'on prenne son temps. "

A suivre : 



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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ~ Jonas Jonasson

Ça doit bien faire des mois que je voulais lire ce livre. Je ne sais pas qui de sa couverture ou de son titre intriguant m'attirait le plus d'ailleurs. Ou bien était-ce la nationalité suédoise de son auteur ?

Toujours est-il que j'ai finalement profité de mes vacances d'août pour enfin me le procurer.

Chose étrange : j'étais convaincue à 100 % que j'allais l'adorer... Comme quoi, le marketing des presses de la cité a bien opéré sur moi. Et pourtant...

 L'histoire

Aujourd'hui, Allan Karlson a 100 ans, un véritable événement dans sa maison de retraite qui s'apprête à fêter ça en grande pompe. Allan, qui n'a pas la moindre envie de faire la fête dans cet endroit où il attend la mort, prend alors une folle décision : il s'enfuit. Commence alors un périple riche en rebondissements.

Allan, chaussé de ses charentaises, prend la direction de la gare routière. Là, il vole une valise à une petite frappe qui attendait le bus, valise qui s'avère contenir quelques millions de couronnes. Cet acte irréfléchi va d'ailleurs lui valoir d'être poursuivi par un gang de malfrats suédois en plus de la police qui le recherche désespérément. Sa fuite va aussi être l'occasion pour lui de faire des rencontres. Des personnages tous hauts en couleurs qui vont l'accompagner tout au long de sa cavale dans les quatre coins du pays. Mais plus qu'un périple à travers la Suède, c'est aussi un voyage à travers le XXème siècles qui est proposé puisque le récit s'entrecoupe de flashback sur la vie "mouvementée" d'Allan...

Mon avis

Vous l'avez compris, j'attendais beaucoup de ce livre. Peut-être un peu trop puisque j'ai été déçue. Je n'ai pourtant pas grand chose à lui reprocher : l'écriture est agréable, l'humour est là et au final on passe un bon moment. 

En fait, tout dans ce livre, que ce soit l'histoire en elle-même ou les personnages, est du grand n'importe quoi. Notamment la vie passée d'Allan qui s'avère en fait être un espèce de Forest Gump ayant assisté, bien malgré à lui, aux événements majeurs du XXème siècle. Ami de Truman, Franco et Mao, ennemi de Staline, il a même fait sauter sur ses genoux Kim Jong Il alors enfant et dîné avec De Gaulle.

Loufoque donc... et c'est justement ça qui peut agacer au bout d'un moment puisque ce qui au départ fait l'originalité du livre finit par ennuyer le lecteur. Une petite centaine de page en moins aurait peut-être été appréciable...

Cela dit, ce livre joue très bien le rôle de livre de vacances puisqu'il ne demande pas une activité cérébrale intense. A vous de voir...

Je me suis aussi lancée dans la lecture de Petit suicide entre amis d'Arto Paasilina, maître de la littérature humoristique nordique, à qui Jonas Jonasson est souvent comparé. La suite au prochain numéro !


A suivre :


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La gifle ~ Christos Tsiolkas

Ou comment une gifle, donnée à un sale gosse, va influer sur une dizaine de vies et me laisser complètement perplexe...


Nous sommes à Melbourne. Lors d'un barbecue entre amis, Harry gifle un enfant qui n'est pas le sien, un petit garnement un peu trop vif qui menaçait de blesser son fils. Cet incident qui, il y a quelques années, serait passé inaperçu, va se transformer en véritable scandale dans ce petit cercle d'amis. A travers une dizaine de personnages, entre autres l'auteur de la gifle, la mère de l'enfant et leurs familles, l'auteur va nous décrire les incidences de cet acte sur leurs vies respectives.


"Provocant, urgent, impitoyable, un roman coup de poing, une révélation dans la lignée d'un Don DeLillo ou d'un Jonathan Franzen." Oui c'est ce qu'on nous promet avec la lecture de ce livre...

Et bien nous en sommes loin. C'est assez rare que j'abandonne un livre en cours de lecture. J'ai refermé celui-ci après en avoir lu un peu plus de la moitié. Ni révélation, ni gifle, ni coup de poing, juste un énième roman qui relate des histoires de couples, de familles, qui dépeint une société qui, entre racisme et violences physiques, n'est pas rose (wouah quelle découverte). Rajoutez un petite pointe de sexe et vous arriverez à un bouquin n'a vraiment pas grand intérêt.

Les personnages sont tous détestables, aucun ne m'a semblé digne d'intérêt. On nage en plein clichés : le sale môme tellement materné que sa mère, elle-même maltraitée par son mari alcoolique et artiste raté (ou vice versa), continue d'allaiter alors qu'il a 4 ans ; le type à qui tout réussi qui fume ses joints autour de sa belle piscine, qui trompe bien sûr sa femme et profite de ses cinq à sept pour sniffer un peu de coke avec sa maîtresse et finit par gifler un gosse ; les aborigènes qui, pour couronner le tout, sont convertis à l'islam histoire de montrer que oui, la société australienne renie non seulement les aborigènes mais en plus elle est islamophobe (sans blague)...

Alors oui, c'était peut-être le but de Tsiolkas : nous mettre devant les yeux une réalité qui dérange. J'ai envie de dire "Pourquoi pas ?" mais tout dans ce livre sent le déjà vu.

Grosse déception donc...


"La confiance, ça se limite à la famille. Point barre. Et encore, pas toujours."


La Gifle, de Christos Tsiolkas
Chez Belfond
480 looooongues pages


A suivre :


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Et que le vaste monde poursuive sa course folle ~ Colum McCann

Tout part d'un fait divers qui n'a rien d'anodin : le 7 août 1974 à New York, Philippe Petit, funambule, décide de marcher sur un fil tendu entre les tours jumelles du World Trade Center.

A partir de cet évènement, c'est dans les vies d'une dizaine de personnages que Colum McCann va nous faire pénétrer. 

Du moine irlandais installé dans le Bronx qui tente de venir en aide à des prostituées, à une femme des beaux quartiers qui a perdu son fils lors de la guerre du Vietnam, en passant par des artistes junkies du Village en pleine repentance, toutes ces tranches de vies vont s'entre-mêler et se télescoper.

Ces différents personnages, que tout oppose à première vue, partage pourtant une chose : cette violence inhérente à leur quotidien.

New York est un personnage à part entière de ce récit. Toujours présente, on ressent tout de la ville jusqu'à la moiteur de l'atmosphère et le bitume sous nos pieds...

Plus que son sujet, c'est surtout l'écriture de Colum McCann qui apporte beaucoup à ce livre. J'ai d'ailleurs été surprise par sa capacité à changer son style à chaque chapitre, sa faculté à adapter sa plume à chacun de ses protagonistes. Tantôt élégante à Park Avenue, elle devient violente sous les ponts du Bronx... Et nous, on se laisse volontier emporter par une certaine poésie.

Vous l'aurez compris, j'ai été subjuguée par ce livre qui m'a laissée comme assommée par tant de vécu, tant de violence mais tant d'amour... A lire absolument !


Photo prise le 7 août 1974 par Vic De Luca

Et que le vaste monde poursuive sa course folle
Colum McCann
Aux éditions Belfond / 1018 (poche)
435 / 475 pages


Lecture en cours :


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Purge ~ Sofi Oksanen

J’ai pour principe de ne jamais lire les prix littéraires, n’accordant aucun crédit à toutes ces distinctions souvent basées sur autre chose que le génie littéraire des auteurs…

Je me félicite pourtant d’avoir été frappée par un éclair de lucidité il y a quelques semaines et de m'être plongée dans la lecture de Purge, prix fémina étranger 2010.

Purge, c’est avant tout l’histoire de deux femmes amenées à cohabiter pendant quelques jours.

L’une, Zara, a fuit sa ville de Vladivostock peu après la chute de l’URSS pour l’Allemagne dans l’espoir de gagner de l’argent. C’est finalement dans les mains de Pacha, proxénète de son état, qu’elle tombera.

L’autre, Aliide, est une femme âgée vivant en Estonie. Etant plus jeune, elle a été accusée d’avoir collaboré avec les ennemis du communisme. Violée et humiliée, elle n’aura de cesse de racheter ce comportement en se mariant avec un communiste d’abord, puis en dénonçant sa sœur, mariée à un opposant au régime.

Nous sommes en 1992 quand Zara réussit à échapper à l’attention de son souteneur. Elle atterri en pleine nuit dans le jardin d’Aliide, effrayée de se trouver en présence d’une voleuse. Zara réussira finalement à convaincre la vieille femme de lui offrir sa protection de l’héberger quelques jours et de l’aider à préparer sa fuite.

Ce livre est en fait une succession d’allers retours entre le présent et la passé de ces deux femmes. Il y est question de jalousie entre sœurs, d’amour, d’un secret de famille (peut-être) mais aussi des abominations qui ont ponctué le régime soviétique. Car Purge c’est aussi une formidable manière de découvrir l’histoire de l’Estonie et la rudesse de la vie sous le régime soviétique notamment pour les femmes…

Il paraît d’ailleurs qu'en finnois, la langue de l'auteure, le mot n’a pas la même signification qu’en français. Sofi Oksanen explique d’ailleurs que "Puhdistus, c'est tout ce qui est lié à l'action de nettoyer. Nettoyer, laver, épurer, désinfecter... mais aussi purifier ethniquement, purger au sens de Staline...".

Je n’aime pas les histoires d’amour, de conflits de famille en règle générale. J’ai pourtant été totalement conquise par l’histoire de ce livre, emmenée par l’écriture de Sofi Oksanen, fluide et si efficace à transmettre une émotion et à retranscrire l’atmosphère confinée qui règne tout le long du livre.

Nancy Huston a dit que « Si l'on devait n'en lire qu'un cette année, ce serait celui-là ». Je suis parfaitement d’accord…
 
Purge de Sofi Oksanen
Publié chez Stock
408 pages

 * Coup de coeur 2011*
 
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